#Rencontre – Malala Andrialavidrazana

Rencontre avec Malala Andrialavidrazana à la 10ème édition des Rencontres de Bamako, biennale africaine de la photographie

Malala Andrialavidrazana devant “Figures 1862, Le Monde Principales Découvertes” aux Rencontres de Bamako 2015, © Tom Piel

Bonjour Malala, peux tu nous parler de ton travail, de ta démarche ?


Ce travail s’intitule « Figures« . C’est une nouvelle série que je me plais à appeler « broderies digitales » où je superpose des cartes anciennes du 19è siècle avec des éléments que j’ai extrait le plus souvent de billets de banque – ceux là sont plus ou moins anciens ou contemporains -, et parfois j’utilise aussi d’autres documents d’archives personnelles, qui eux sont essentiellement des pochettes de disque de mon adolescence jusqu’à ce que j’ai cessé d’écouter des 33 et 45 tours.

Cette série relève d’un emploi plus plasticien de la photographie : elle est manipulée, découpée, superposée, entrecroisée… Tu es une des rares dans la sélection de cette année à travailler de cette manière. Est-ce récurent dans ta démarche ?

Au tout début, quand j’ai commencé à construire mon travail artistique personnel, c’était très présent. Puis j’ai pris de la distance avec ce processus, et je suis revenue dessus. Au Salon Urbain de Douala en 2013, j’ai aussi utilisé cette technique de photocollage, photomontage.

Ça n’a jamais été très mis en avant dans mon travail parce que le corps photographique plus classique avait pris le dessus. Je ne sais pas pour quelle raison, ça s’est fait comme ça. Quand j’ai commencé à réaliser cette série, c’était une période où je me disais depuis un moment que j’avais envie de me remettre à dessiner, à réutiliser la vidéo aussi, à réutiliser d’autres médiums. 
Au départ, j’ai une formation d’architecte. Au moment de la construction de la série, j’ai retrouvé ces gestes de composition : rassembler les matériaux pour pouvoir reconstruire quelque chose de neuf.

L’intérêt pour moi de revenir vers ces archives était de retrouver une manière de les relire par rapport à toutes les connaissances qu’on a accumulé depuis qu’elles ont été produites au 19è siècle. 
Et plastiquement, l’équilibre nécessaire au moment de l’assemblage de toutes ce figures, c’était un exercice formidable parce ça donne une autre contrainte que celle que j’avais quand j’ai réalisé ma série précédente, plus photographique justement.

© Malala Andrialavidrazana, « Figures 1838, Atlas Élémentaire », 2015

Est-ce que ça parle de Madagascar aussi ? Y a-t-il une relation spécifique à ton pays d’origine dans ton travail en général ? Ou pas du tout ?

Très honnêtement sur les cartes présentées ici à la Biennale de Bamako, il y a 3 images, aucune n’est focalisée spécifiquement sur Madagascar.
J’ai toujours abordé les territoires par rapport aux identités qui sont susceptibles de les définir. Je suis très attirée par des territoires plutôt urbains, cosmopolites, multiculturels, multireligieux, etc.

Selon les moments, les rencontres, du pays où j’étais avant et ce que je prépare pour la suite, les projets peuvent avoir différentes directions. Mais jamais sur une unique culture en particulier. Je préfère privilégier des problématiques liées à l’urbain dans toute les diversités des cultures.

Quel est ton rapport à la Biennale de Bamako ? Quel est l’intérêt de participer selon toi ?


J’avais déjà participé en 2005 à la 6ème édition. J’en avais gardé un grand souvenir, je suis toujours heureuse de participer à des biennales et des festivals, malgré la contrainte des appels à candidatures, un système qui me parait souvent biaisé.
Donc je n’ai jamais été très motivée à candidater et lorsque je le fais, cela part plus d’une invitation reçue de la part d’un commissaire.

En l’occurrence pour cette édition, Bisi Silva et son équipe de commissaires (Antwan Byrd et Yves Chatap) ont été très actifs et encourageants pour engager les artistes à postuler.
Cela fait 3 ans que je mène ma barque un peu toute seule. J’avais besoin de retrouver une visibilité que m’apporte la biennale.

10ème édition des Rencontres de Bamako, biennale africaine de la photographie © Emmanuelle Cordonnier

Une visibilité internationale ? Un marché spécifique ?

S’il  y a un marché, je veux bien qu’on me dise où il est. Il n’y a pas d’acheteur ici. J’ai fait une donation de ces 3 tirages au Musée National du Mali, qui lui même n’a pas d’argent pour acheter.
Les Rencontres de Bamako, c’est avant tout des rencontres ! On rencontre d’autres photographes, on peut discuter, faire avancer des débats et des projets. Il s’agit d’échanger, de dialoguer, de construire, de parler de la société en général et pas seulement du petit marché de l’art. Et puis vous êtes là aussi ! Les journalistes, les commissaires…