#Rencontre – Omar Victor Diop

Rencontre avec Omar Victor Diop, à l’occasion de son exposition à la Galerie du Jour Agnès b. en collaboration avec la Galerie Magnin-A

L’exposition Portrait(s) Malick Sidibé X Omar Victor Diop visible jusqu’au 19 mars 2016 à Paris met en regard des images de ces deux photographes : deux générations, deux pays d’Afrique de l’Ouest (le Mali et le Sénégal), argentique et numérique, noir & blanc et couleurs… Et un point commun : le studio.
À la découverte de la nouvelle génération du monde culturel dakarois et au croisement des pratiques de la photographie (la mode, la documentation, l’art) : rencontre avec Omar Victor Diop.

© Omar Victor Diop, « Art Comes First », 2016, Le studio des vanités, Courtesy Galerie MAGNIN-A, Paris

Bonjour Omar, peux-tu nous parler de la série que tu exposes actuellement ici, à la Galerie du Jour Agnès B. ?

Cette série s’intitule « Le Studio des Vanités ». Il s’agit de portraits d’artistes et de personnalités du jeune monde culturel dakarois, et ouest africain in extenso. 
C’est un peu comme un journal de bord qui grandit avec moi, avec ma pratique photographique. Il s’agit de rencontres parfois fortuites, parfois programmées, avec des jeunes de ma génération qui ont choisi de faire de l’art leur profession, et qui changent les choses au fur et à mesure avec des initiatives qui apportent une certaine diversité dans l’offre de proposition créative à Dakar, Abidjan, Lagos, etc.

Je l’ai commencée en décembre 2012 et je crois qu’elle sera aussi longue que ma carrière, donc j’espère longue. J’en suis environ à une centaine de portraits. Le studio des vanités n’est pas un lieu physique, il me suit dans mes valises, vu que je n’ai besoin que d’un mur, d’accessoires et de décors.

Comment t’est venue cette idée du studio des vanités ? L’inscris-tu dans une histoire de la photographie en particulier ? Quelles sont tes inspirations, tes références ?

Après coup, je me rends compte que la construction de cette série est un phénomène tout à fait naturel. La photo de studio est omniprésente dans les familles ouest-africaine. Après le verre d’eau, la première chose qu’on offre aux invités, c’est l’album photo de famille. Des photographies très posées de gens sur leur 31, lors des baptêmes, des différents passages à la Mecque, des mariages, etc. Quelque part, tôt ou tard, c’est une chose que j’aurais faite.

Je me suis toujours estimé très chanceux de faire partie de cette génération 80 urbaine africaine, à telle enseigne que j’ai éprouvé le besoin de documenter à ma façon ce bouillonnement et cette diversité de profils dans la scène culturelle. C’est donc logiquement que j’ai commencé à travailler sur cette série.

Les influences, il y en a beaucoup. Évidemment, il y a Mama Cassé, qui était le photographe de mon grand père. Son portrait est dans le salon (rires).
Seydou Keita, Malick Sidibé bien entendu. Samuel Fosso, Depara.
Et des photographes, qui ne sont pas africains mais qui ont aussi évolué dans le studio : Jean-Paul Goude, Annie Leibovitz. Ce sont des portfolios qui sont des références pour moi.

© Malick Sidibé, « Avec ses deux femmes », 1979, Courtesy Galerie Agnès b, Paris

Comment perçois-tu le dialogue de tes images avec celles de Malick Sidibé dans le cadre de cette exposition ?

C’est l’honneur ultime. C’est à la fois un encouragement et une reconnaissance. Mon travail est tout jeune par rapport à l’œuvre de Malick Sidibé.
C’est une pression positive, une responsabilité. Cela signifie que j’ai intérêt à aller de l’avant et ne pas faire de chute qualitative, à la fois dans mon processus de sélection et dans mon traitement de l’image.

Ce qui me touche énormément c’est que les gens vont au-delà de l’aspect purement esthétique. Entre le moment où j’ai envisagé de faire cette série et celui où j’ai fait le premier portrait, il y a eu une longue période d’hésitation, parce que j’avais très peur qu’on ne pense que ce que je voulais faire c’était du joli Malick Sidibé en couleurs et en numérique.
Alors que justement je pense que des portfolios comme le sien ou celui de Seydou Keita sont des documents sociologiques, ce sont des sources historiques. J’espère que « Le studio des vanités » va rentrer dans cette catégorie là d’ici quelques années.

Nous nous sommes rencontrés la première fois aux Rencontres de Bamako en 2011. C’était si je ne me trompe pas ta première exposition. Tu y exposais « Le futur du beau ». 
Je retrouve dans les deux cas un grand travail de mise en scène et un jeu de performance de la part des sujets qui sont vraiment acteurs de tes images. Qu’est ce qui rapproche ces deux séries d’après toi ?

« Le Futur du Beau » était une sorte d’entrainement avant « Le Studio des Vanités ». Il y avait le travail de composition. J’ai créé les différentes tenues que les modèles portaient, à partir de produits recyclés de ma propre consommation.

En terme de pratique, le Studio est pour moi l’étape suivante. Je passe de l’exercice très scolaire où le challenge était dans la réalisation de ces tenues, à une étape où le décor devient une extension de mon sujet, il permet de raconter mon sujet car il est un élément de contexte qui dit beaucoup sur lui.

La série suivante, c’était Diaspora, qui est là aussi du portrait très posé en studio, mais où je suis des deux côtés de la caméra. Il y a toujours ce dialogue entre le décor et la narration.

Aujourd’hui, comment s’articule ta pratique photographique, entre mode et art ?

Je ne parviens pas à faire cette dichotomie entre photographie de mode et photographie artistique. Je pense que la photographie de mode est un langage que j’emprunte pour exprimer une opinion artistique. J’ai un fort besoin esthétique que la mode me permet d’assouvir.

Pour moi, la photographie de mode permet de raconter une société et surtout ses aspirations. Quand j’invite quelqu’un au Studio des Vanités et qu’on a une conversation sur le style, on parle de vintage, d’accessoires et de choses qui ont parlé à cette personne pendant son enfance.
Ici on parlerait d’une robe Courrèges ou d’une petite robe noire de Karl Lagerfeld. C’est un exercice sociologique, en faisant cela on fait échos à des aspirations d’hier et de maintenant.

Je considère moins la photographie de mode comme un exercice commercial que comme une sous-discipline de la photographie tout simplement.